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Article Ratlàlà

 les rats Manx (le rat sans queue)

"Vous avez peur de la queue du rat ? Prenez donc un rat sans queue !". Et oui, vous êtes sauvé, comme chez les chats, il  existe un rat "manx" (ce nom vient de l'île de Man, où les premiers chats sans queue ont été élevés). 
Oui, mais...

Contrairement au dumbo, au bleu, au rex, le manx est uniquement le nom d'un phénotype (d'un aspect), alors que les autres correspondent à des mutations génétiques naturelles sélectionnées par l'homme.

Il faut bien comprendre que la queue c'est la colonne vertébrale. Elle est formée pendant le développement de l'embryon. La colonne vertébrale est indissociable du système nerveux, car ils ont la même origine et sont formés en même temps. La chorde va donner le cerveau, la moelle épinière, la colonne vertébrale et le reste du système nerveux. La colonne vertébrale est un ensemble d'os (les vertèbres) qui entoure et protège la moelle épinière. De cette moelle épinière sortent des nerfs, une paire entre chaque vertèbre.
La question à se poser est donc : une déformation de la colonne vertébrale qui ne touche que le squelette des parties "inactives" (sur le plan neurologique) de la queue, très bien, mais comment s'assurer que cela n'aille pas plus loin ?

L'apparition d'un manx dans une portée n'a donc rien à voir avec celle d'un dumbo ou d'un bleu. Ce n'est pas forcément une bonne surprise, mais plutôt un sujet d'inquiétude.

1. Qu'est ce qu'un manx ?

Un rat manx a une anomalie de la queue. La plus célèbre c'est l'absence pure et simple, mais une queue courte c'est aussi du manx.
Un manx peut avoir trois origines principales :

La quatrième façon, c'est de leur couper la queue à la main (enfin, au ciseau, quoi) après la naissance. Nous ne nous étendrons pas sur ce genre de cruauté stupide, d'autres en parlent plus fort que nous. De toute façon, on n'appelle pas ça un manx mais un rat mutilé.

                1.1. Types de manx

Le premier type, on n'en parlera même pas : la colonne vertébrale est tellement courte qu'elle n'atteint pas complètement le bassin. Ils  meurent généralement peu après la naissance, donc ce n'est pas vraiment un type de manx. Et s'ils survivent, le bassin "pend" et ils sont incapables de se servir de leur arrière-train.

                1.2. Conséquences directes de l'absence de queue

Les remarques les plus fréquentes à l'encontre des manx concernent la qualité de vie de l'individu. La queue est en effet un organe utile au rat, et beaucoup considèrent que son absence a des conséquences négatives plus ou moins importantes.

Radiographie d'un rat manx (un riser)

On constate que dans ce cas la colonne vertébrale s'arrête tout de suite après le bassin.
La survie et la capacité de procréer des manx (males comme femelles) sont liées à la longueur et à la structure de la colonne vertébrale. 
Ici les modifications commencent vers le milieu du bassin, mais chez d'autres il n'y a déjà plus de colonne vertébrale à ce niveau là.

            Régulation de la température : 

La queue est irriguée par divers vaisseaux sanguins, veines et artères. Le sang, en passant dans la queue, se refroidit car il passe juste sous la surface de la peau. Quand il revient dans le corps, il aide à refroidir le corps lui même. La queue, par l'intermédiaire du débit de sang, permet de donc de réguler la température (les rats ne peuvent pas suer comme nous). Or, chez un rat normal la queue représente environ 5% de la surface externe du corps, mais dissipe jusqu'à 17% de la chaleur corporelle. 
Lorsque la température augmente, la température des manx augmente plus que celle des rats normaux, jusqu'à 0,5°C de plus, et il leur faut plusieurs heures pour ensuite revenir à la normale (Spiers et al., 1982).

Cependant, dans des conditions d'élevage normales, la température est à peu près stable et les manx n'ont aucun problème particulier de ce coté là. Sauf bien entendu en cas de canicule, où il faudra songer à mettre les manx à l'abri de la chaleur (cave par exemple).

            Equilibre : 

La queue des rats est semi-préhensile, ils s'en servent de balancier, mais peuvent aussi s'en servir quand ils grimpent à des branches, des cordes, etc., en l'enroulant partiellement autour pour plus de sécurité. On peut donc supposer qu'un manx aura un équilibre déficient.

C'est faux, tout simplement parce que, n'ayant jamais eu de queue, les manx ne ressentent pas le handicap et se débrouillent aussi bien que n'importe quel hamster :-)
En tous cas, dans des conditions normales il n'y a pas de souci tant qu'ils ne doivent pas échapper au chat :-).

Par contre, certains manx ont des problèmes d'équilibre (notamment la difficulté ou l'impossibilité à se mettre debout sur leurs pattes arrières) pour d'autres raisons : la colonne vertébrale étant mal formée, ils ont des problèmes neurologiques qui leur rendent cet exercice impossible. En général ce n'est qu'une première étape dans un processus de dégradation progressif, qui aboutira à la paralysie puis au décès.

                1.3. Les autres problèmes des manx

Les autres problèmes des manx concernent surtout directement les rumpies et un peu les risers, et les autres types plus indirectement puisqu'ils ne toucheront que leurs descendants. En effet, plus la colonne vertébrale est réduite, plus les conséquences peuvent être lourdes, c'est assez logique.

            Malformations, paralysie, dégénérescence :

L'absence de queue est souvent le symptôme d'un problème plus profond. C'est le cas de la spina bifida, par exemple (colonne vertébrale mal refermée, qui entraîne la paralysie à terme).
Les messages nerveux transitent à partir du cerveau par la moelle épinière, et sortent de cette moelle par des nerfs qui se trouvent entre les vertèbres (un de chaque coté de la vertèbre) A chaque vertèbre correspond une paire de nerfs qui contrôle un certain nombre d'organes. Si les vertèbres son difformes, cela peut affecter ces nerfs plus ou moins gravement.
Un manx est capable de se déplacer parfaitement normalement. S'il se déplace en sautillant, c'est qu'il a un problème. Idem s'il a les doigts recroquevillés, les pattes écartées, s'il marche sur les talons, si on observe des paralysies partielles ou totales de l'arrière train.

Ces nerfs ne contrôlent pas que les membres. Ainsi, il semblerait par exemple que la deuxième vertèbre caudale (= de la queue) contrôle la vessie et les sphincters des systèmes urinaires et digestifs. Une déformation à ce niveau peut donc entraîner des complications, au mieux l'incontinence.

            Reproduction :

Les femelles manx peuvent avoir de gros problèmes d'accouchement. Ce n'est pas le cas général, mais c'est fréquent, surtout avec les manx qui n'ont pas du tout d'os dans la queue ou qui n'ont pas de queue du tout (les rumpies, et plus rarement les risers).

L'altération de la colonne et/ou du pelvis par exemple peuvent entraîner des problèmes : le canal peut être trop étroit pour la naissance, entraînant le décès des petits. La pression exercé par la naissance peut provoquer des dégâts allant de la paralysie à la mort de la mère, si le bassin et la colonne ne sont pas suffisamment solidement rattachés. L'épine dorsale plus courte peut de plus être défavorable au bon alignement des petits en position de naissance.

Bref, l'accouchement se termine souvent par une opération (il faut donc le prévoir).

Enfin, comme on l'a vu pour le système urinaire, il peut arriver un dysfonctionnement du système reproducteur, ce qui peut avoir des conséquences diverses et variées mais principalement la stérilité de la femelle (ou du male), ce qui est loin d'être rare.

Parmi les remarques que l'on peut faire sur le manx, il y a le ratio males/femelles. En effet il y a beaucoup plus de femelles que de males. Cela peut avoir plusieurs raisons, parmi elles les plus fréquemment évoquées étant le décès in utero de la plupart des males ou la "non expression" des caractères sexuels males (la base de la colonne vertébrale contrôle aussi les organes sexuels).

2. Manx et sélection

Le tableau peut sembler bien noir, mais en réalité ce n'est pas si grave que ça :-). La vaste majorité des manx n'a pas de problèmes de santé majeurs, si on prend un minimum de précautions.

Il faut comprendre aussi que des termes comme "fréquent" ne signifient pas grand chose. Il n'y a pas de chiffres fiables, et ces chiffres sont fonction de beaucoup de critères, à commencer par la morphologie de l'individu lui même.

De plus, la plupart des informations sont issues de l'expérience des éleveurs de manx américains, dont certains sélectionnent ce type de rats depuis les années 70. Il semble qu'il y ait eu de grosses évolutions dans les lignées manx américaines. Ainsi, on obtient maintenant 20% voire 50% de manx en les croisant entre eux (ce qui est très déconseillé), au lieu des 2-3% des premières lignées. Ceci est dû à l'accumulation des facteurs polygéniques au fil des générations. Les males sont de plus en plus nombreux.
De même, les problèmes à la reproduction semblent être devenus rares alors qu'ils étaient presque systématiques au début. Là encore, la sélection a donc oeuvré.

Mais il s'agit de lignées américaines et non européennes. En Europe la sélection des manx est loin d'avoir été aussi active

La reproduction des manx reste donc un sujet extrêmement polémique, un peu comme la reproduction des nus. Dans les deux cas, on peut conclure que s'il n'y a pas de raison valable de condamner toute reproduction de manx, il est préférable de laisser ce type de sélection à des personnes très expérimentées, très documentées, très motivées, bref à d'autres, quoi...

                2.1. Génétique

Il y a donc au moins deux gènes codant pour l'absence ou la réduction de la queue chez le rat : Tail anomaly lethal (Tal) et Stub-tail (st). 

Tal est un gène dominant, létal sous sa forme homozygote (Tal/Tal) in utero (après 10 jours de gestation environ). La taille de la queue varie de 0% à 100% de la normale, avec parfois des déformations de la queue (queue en tire-bouchon) liées à la déficience du squelette.
Le fait que des rats Tal aient une queue normale ou presque indique que ce gène, s'il est dominant, a du mal à s'exprimer ("low genetic penetrance", je ne connais pas le terme idoine en français, mais c'est facile à comprendre). Environ 80% des rats Tal expriment ce gène de façon significative mais plus ou moins importante.

Stub tail (st) est un gène récessif. Cependant, la plupart des homozygotes meurent à la naissance, ce génotype est donc supposé éteint.

Il existe probablement au moins un ou deux autres gènes manx, a priori récessifs, eux aussi à "faible pénétrance", certainement conditionnés par des facteurs polygéniques secondaires.

                2.2. Reproduction

Si l'on souhaite vraiment reproduire des manx, il y a quelques règles à respecter, qui ont été dictées par l'expérience des éleveurs américains. On peut discuter ces expériences, c'est certain, mais si on récuse en permanence les faits apportés par 30 ans d'expérience, on n'est pas près de progresser.

1. la structure des lignées : il est obligatoire de pratiquer un brassage maximal. L'inbreeding et même la méthode des lignées pures sont à proscrire. Toute forme de consanguinité peut avoir des conséquences assez désastreuses, et il est fortement recommandé d'introduire des non-manx en plus des manx et porteurs manx non consanguins utilisés.

2. le choix des reproducteurs : on choisira au maximum d'utiliser des porteurs plutôt que des manx, surtout pour les femelles. Dans tous les cas on s'abstiendra de reproduire une femelle rumpie, et si possible on évitera aussi les femelles riser.

3. la qualité des reproducteurs : il devrait être inutile de rappeler qu'un reproducteur, max ou non, doit être suffisamment âgé, avoir un bon caractère envers rats et humains, avoir une bonne santé (ne pas être chronique, et être exempt de défauts dont l'origine puise être génétique), ne pas présenter de  malformation plus grave que l'absence de queue, si possible être issu d'une famille qui ne présente pas de tendances négatives (étant donné le faible nombre de manx présent en France, c'est bien entendu improbable).

3. Conclusion

L'élevage du rat manx est interdit en Suède, et il est aussi interdit aux membres de la NFRS (la principale société d'éleveurs de rats domestiques en Angleterre, et la plus ancienne au monde). Il "suffit" de reproduire correctement les manx me direz-vous, certes, mais comment contrôler la sélection ? 
Le plus simple pour les sociétés est donc de tous les interdire ou de les déclasser (ils ne sont pas admis comme standard de concours, et non pas interdits). Il suffit de voir ce que les rateries actuelles considèrent comme un "reproducteur correct" dans les types habituels pour se rendre compte qu'il n'est pas possible d'avoir une sélection correcte sur le manx à l'heure actuelle.

Dans la mesure où l'on part de zéro ou à peu près (si ce ne sont pas des mutations spontanées mais des caractères hérités, on peut donc espérer qu'ils ont hérité d'autres caractères secondaires des lignées d'origine), on peut s'attendre aux déboires qu'on connus les personnes qui ont développé les premières lignées de manx aux USA : 5 ou 6 générations sans voir la queue (enfin l'absence de queue) d'un manx dans la lignée, et quand enfin ça arrive, hop, un petit Casimodo paralytique et incontinent. 
Cela implique aussi le décès d'un certain nombre de rates pendant l'accouchement si on choisit en plus de reproduire des femelles (certains estiment qu'en le faisant on peut sélectionner des manx qui accouchent normalement et que cela justifie le prix à payer).
Enfin, ça implique la gestion de tous les non-manx qui vont en naître, mais surtout des difformes et des tarés, soit par castration, soit par euthanasie. On peut aussi les laisser vivre gentiment, mais inutile de se voiler la face, l'expérience montre que les rats interdits de reproduction sont toujours reproduits dès lors qu'ils sont viables et fertiles, et ce quels que soient leurs défauts.
Et du coup on condamne non pas cet unique individu mais les centaines de rats qui formeront sa descendance. Sauver un pour en condamner des centaines, est ce là être responsable ? C'est un discours choquant, certes, mais ce discours est celui tenu par les personnes qui ont une réelle expérience et de réelles compétences en sélection animale (bien plus grandes que les miennes en tous cas).

Même dans une famille de manx "sains" apparaissent de temps à autre des rats handicapés plus ou moins gravement. Pour reproduire et sélectionner du manx, il faut donc être extrêmement sérieux et bien renseigné, et être prêt à tuer (ou à voir mourir) les jeunes les plus handicapés. Nous estimons donc que le manx est trop souvent un handicap pour être reproduit, et qu'il n'y a pas de raison valable pour sélectionner du manx au mépris de la survie des individus.

De plus il est inutile de reproduire les femelles manx, surtout les rumpies, puisque les males ou les femelles shorties sont aussi productifs. Ils sont plus rares pour le moment, certes, mais est-il si urgent d'avoir des manx qu'il faille sacrifier des rats pour en avoir le plus vite possible ?

"Si vous n'êtes pas capable de noyer les jeunes, ne faites pas de reproduction" (extrait d'un des principaux traités sur l'élevage et la sélection du chien). C'est la base de la domestication et de la sélection. C'est triste, mais c'est vrai. Si vous n'êtes pas capables de pratiquer le culling, ne reproduisez pas de manx. De plus, il faut accorder plus de prix aux petits que l'on pourrait avoir qu'à la rate que l'on a actuellement, ce qui n'est pas le cas de la plupart des propriétaires de rats, heureusement.

En résumé, la reproduction des manxc'est une vraie galère :-).

Pour un complément d'informations :
site RMCA
Carawatha
Le fanzine de l'association ACSN

Et surtout :
Mailing list Ratgenetics
Mailing list RFRB


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