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Article Ratlàlà

La notion de consanguinité

Il règne encore beaucoup de confusion autour de la notion de consanguinité. C'est pourtant une notion fondamentale pour tout élevage animal (mais aussi pour la sélection végétale). Ces notions font appel aux bases de la génétique et à une certaine formation scientifique (niveau Terminale S à DEUG de bio). Avant d'aller plus loin, il vous sera donc nécessaire de maîtriser à peu près les notions évoquées dans les parties "génétique" de Ratlala. Cette partie vous familiarisera avec l'approche moléculaire de la génétique : les gènes et leur expression.

Pour tout complément d'information, n'hésitez pas à consulter le forum Café Raoul.


Les différents points abordés :

Génétique des populations
Taux de consanguinité La consanguinité dans la nature
Régimes de reproduction La sélection humaine
Les pressions évolutives
Les conséquences de la consanguinité
Inbreeding Pool génétique
Hétérosis
Éléments d'éthique
Quelques définitions

Génétique des populations et consanguinité

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Pour aborder la notion de consanguinité, nous allons fréquemment changer d'échelle. On ne s'intéressera plus uniquement à chaque gène, ni à chaque chromosome, ni même à l'individu. Ce qui nous intéressera surtout, c'est la génétique des populations, c'est à dire la structure génétique de chaque individu plus la structure génétique de l'ensemble des individus. C'est cela qui va influer sur la consanguinité et les relations génétiques entre les membres d'une population : échanges de gènes (reproduction), gènes en commun (liens parentaux), nouvelles mutations, divergences génétiques, etc. 

Taux de consanguinité :
Un sujet est en situation de consanguinité si, pour un locus donné, il possède deux allèles identiques, par copie d'un seul et même gène ancêtre (attention, pas simplement des gènes similaires, qui ont le même code génétique, mais bien des gènes issus de la même mutation originelle). Pour ce faire, il est évident que l'individu en question doit présenter au moins un ancêtre en double quelque dans sa généalogie, dont il aura hérité ce gène ancêtre. Si la même mutation se produit séparément chez deux rats différents, ces rats ne seront pas consanguins, alors qu'ils ont exactement le même gène. 

On distingue deux notions légèrement différentes : deux individus sont apparentés si ils ont au moins un ancêtre en commun (lien entre deux individus) ; un individu est dit consanguin si ses deux parents sont apparentés (propre à un seul individu). Le niveau de consanguinité découle donc du degré de parenté. Si on remonte suffisamment loin, cela implique que tous les individus d'une espèce donnée sont consanguins, bien sûr. Cependant, on considère qu'au delà d'un certain seuil de "dilution" il n'y a plus de consanguinité significative. Statistiquement, plus deux rats sont apparentés, plus ils auront de gènes en commun, et plus leurs enfants seront consanguins. On peut relier plus ou moins directement le nombre de gènes en commun et le degré de parenté.

On parle de consanguinité pour un seul gène, mais aussi pour un génotype complet. Ainsi, le fils hérite de 50% du patrimoine génétique de sa mère et 50% de son père. Il a donc une chance sur deux d'hériter d'un gène donné de son père (un seul gène) et il hérite de la moitié des gènes de son père (génotype). Il est à 50% consanguin avec son père et à 50% consanguin avec sa mère. A chaque génération le taux de consanguinité est donc divisé par deux, puisque chaque parent transmet la moitié de son patrimoine génétique. Le petit-fils hérite donc (statistiquement) de 25% du patrimoine génétique de chacun de ses grands-parents, 12,5% de celui de chacun de ses arrières grands parents, etc.
C'est pourquoi chez les chevaux on parle de demi-sang, de quart de sang "arabe", par exemple.

Le coefficient de parenté entre Indiana et Jules est de:
(1/2)3+4 = (1/2)7 = 1/128

Le coefficient de consanguinité (Cc) : méthode de calcul

Le coefficient de parenté est la probabilité pour que deux gènes homologues tirés au hasard chez les individus I et J soient identiques. Cc est la probabilité pour que deux gènes homologues soient identiques chez l'individu K, leur fils. 
Le coefficient de consanguinité d'un rat est donc égal au coefficient de parenté de ses géniteurs (logique).

Considérons que I et J aient un ancêtre commun, l'individu A. Ils sont donc apparentés. A a transmis la moitié de ses gènes à chacun de ses enfants, B et C. Eux aussi transmettent la moitié de leurs gènes à leurs descendants. A chaque génération, la probabilité de retrouver ce gène diminue donc de moitié.
Cette probabilité est donc (1/2)n1, n1 étant le nombre de générations entre A et I, pour la branche maternelle, et (1/2)n2, n2 étant le nombre de générations entre B et I, pour la branche paternelle. Et oui, il n'y a pas forcément autant de générations des deux cotés...
Le coefficient de parenté entre I et J est donc (1/2)n1+n2.

Attention, cette probabilité assure que les deux gènes viennent de A, pas que ce sont les mêmes, car les gènes de A vont par paires... Il faut donc encore diviser par deux pour garantir l'identité des deux gènes, si on considère que A n'est lui même pas consanguin. Sinon la probabilité devient 1/2 + Cc(A)/2

Quelques coefficients de parenté (et donc les taux de consanguinité de leurs enfants):

père / fille : 1/4 frère/sœur : 1/4 demi-frères : 1/8
cousins germains (un couple de grands-parents en commun) : 1/16

Régimes de reproduction :

Les régimes de reproduction s'appliquent généralement à un seul gène ou à un groupe de gènes. On peut extrapoler plus ou moins facilement pour en déduire la structure du génome dans son ensemble, c'est à dire pour appliquer leurs conséquences aux individus des générations suivantes, mais on verra plus loin que cela présente quelques difficultés...  Attention, ces régimes de reproductions sont des modèles théoriques. Ils ne s'appliquent que dans le cadre de populations illimitées (ou presque, disons un million d'individus ou plus, quoi...)

L'autogamie :
Ce régime de reproduction n'existe guère que chez les plantes et quelques animaux parthénogénétiques. Dans ce cas de figure chaque individu se féconde lui-même. Quand il se produit une mutation où A devient a, l'animal mutant, avec un génotype Aa, donne 1/4 de AA, 1/4 de aa, et 1/2 de Aa. A chaque génération il y a deux fois moins d'individus hétérozygotes. Très rapidement les animaux issus de ce régime de reproduction deviennent entièrement homozygotes, sauf lorsqu'une nouvelle mutation apparaît (ce qui est plutôt rare). Lorsque la population est constituée d'individus homozygotes pour tous leurs gènes, on obtient une lignée pure.

La consanguinité :
Dans ce cas, les individus se reproduisent entre membres apparentés. Dans ce cas, les deux individus ont une part de leurs gènes en commun. Au fil des générations on tend vers une homozygotie de plus en plus complète. Mais c'est beaucoup moins rapide que dans le cas de l'autogamie, qui est la forme extrême de la consanguinité (les deux individus qui se reproduisent sont alors vraiment très apparentés, puisqu'il s'agit d'eux-mêmes...).

L'homogamie :
Les individus se reproduisent avec des individus qui leur ressemblent : rats noirs avec rats noirs, albinos avec albinos, etc. Deux cas de figure : 
- les gènes sont codominants : dans ce cas chacun se reproduit séparément : AA avec AA, Aa avec Aa, aa avec aa. A chaque génération, le nombre de Aa diminue de moitié, puisque ces accouplement produisent 1/4 de AA et 1/4 de aa. Mais attention, seul le gène A est concerné...
- A est dominant par rapport à a. Dans ce cas, les AA et Aa se reproduisent entre eux, et les aa se reproduisent entre eux. Occasionnellement, Aa x Aa va produire quelques aa (qui rejoignent le second groupe). Dans ce cas de figure, le groupe des A se purifie progressivement de l'allèle a, et le groupe aa fonctionne en régime fermé.
Alors les individus ne sont pas nécessairement consanguins. La consanguinité entraînant des similarités génotypiques, donc phénotypiques, on comprend bien qu'elle est tout de même nettement favorisée.

Ces trois régimes conduisent progressivement (à des vitesses différentes, malgré tout) à une homozygotie complète du génome, partiellement contrebalancée par les taux de mutations.

La panmixie :
Dans ce cas de figure, les reproductions se font de façon totalement aléatoire, sans pression d'aucune sorte. Dans ce cas de figure, la structure de la population reste plus ou moins stable, avec des génotypes fortement hétérozygotes.

L'hétérogamie :
Il s'agit d'un cas très particulier : les unions se font entre individus dissemblables uniquement. C'est l'inverse exact de l'homogamie. Le cas le plus simple et le plus évident est celui des chromosomes sexuels chez les mammifères : les males se reproduisent uniquement avec des femelles, et inversement. Dans ce cas, sur l'ensemble de la population, 1/4 des chromosomes sexuels sont Y et 3/4 sont X (le male étant XY et la femelle XX), et ce rapport est stable au fil des générations : selon que le père transmet (de façon aléatoire) son chromosome X ou son chromosome Y, on obtient 1/2 femelle ou 1/2 male...

Ces schémas ont toutefois leurs limites... Chez l'homme, par exemple, il y a hétérogamie pour les chromosomes sexuels, panmixie pour les groupes sanguins, et une autogamie partielle (d'origine culturelle) pour la pigmentation de la peau. Il faut donc raisonner gène par gène. Mais la similarité pour un gène donné implique souvent la similarité pour d'autres gènes, qu'ils soient liés (présents sur le même chromosome) ou non, ne serait-ce que parce que des individus géographiquement très proches et d'aspect similaire ont des chances d'être partiellement apparentés. En outre la sélection va fausser le pur jeu du hasard, de même que la dérive génétique...

Pressions évolutives :

Une pression évolutive, c'est un phénomène externe qui va influer sur la structure génétique de la population et en modifier l'évolution théorique. Il en existe quatre : la mutation, qui fait apparaître de nouveaux gènes et allèles, la sélection, qui en favorise certains au détriment d'autres, la migration, qui introduit des génotypes nouveaux dans une population limitée, et enfin le hasard lui même, puisque l'effectif est limité et que les statistiques ne s'appliquent jamais à la lettre (une pièce lancée en l'air ne tombe pas à moitié sur pile et à moitié sur face :-) ).

Pour illustrer mon propos, nous allons considérer le cas d'un croisement entre Raoul, un male rex (Re/re) et Raoulette, une femelle lisse (re/re).

Le hasard et la dérive génétique :

Toutes les populations sont obligatoirement limitées. Dans le cas de l'homme, la population maximale que l'on puisse envisager est de plus ou moins 6,5 milliards d'individus. A cette échelle, on peut considérer que la population est à peu près infinie.
Mais à l'échelle d'une île déserte, la population peut facilement tomber à une vingtaine d'individus... C'est le cas des rats domestiques : la population des rats domestiques reproducteurs est très limitée, quelques milliers tout au plus.

Pour ceux qui ont du mal avec la notion de hasard, prenons le cas du sexe.
Théoriquement, on obtient en moyenne 50% de males et 50% de femelles dans une portée. Mais si on se réfère aux portées 29 et 30, on s'aperçoit que sur un total de 21 petits, il y a 21 males et zéro femelle, ce qui correspond à une probabilité de 1 sur 2 097 152. Pas de bol, hein ? Et pourtant, ça arrive ! 
Et en plus avec un père dumbo et une mère porteuse dumbo, sur la portée 29, on a eu zéro dumbo sur neuf (au lieu de 50%), c'est à dire une probabilité de 1 sur 512. Rien que pour la portée 29, on avait donc une chance sur 262 144 d'avoir 0% de femelle et 0% de dumbo...
Il ne faut jamais se fier aux statistiques dans un échantillon réduit !

Prenons notre exemple : Raoul rencontre Raoulette. En théorie, on obtient 50% de Re/re (rex) et 50% de re/re (lisse).
Mais ceci est vrai pour une portée de taille infinie. Imaginons que Raoulette ait 3 petits. Dans ce cas, il y a 4 cas de figure : 3 rex, 2 rex et 1 lisse, 1 rex et 2 lisses, 3 lisses. Jamais il n'y aura 1,5 lisse et 1,5 rex, comme le prétendent les dieux des statistiques...
Étudions chaque cas de figure :
- 3 rex : Dans ce cas de figure, la fréquence de l'allèle Re dans la population est passée de 1/4 à 1/2, elle a doublé.
- 2 rex et 1 lisse : la fréquence de Re est passée de 1/4 à 1/3, elle a donc légèrement augmenté.
- 1 rex et 2 lisses : la fréquence de Re est passée de 1/4 à 1/6, elle a nettement diminuée.
- 3 lisses : l'allèle a disparu, il s'est totalement éteint de la lignée, et ne réapparaîtra plus jamais, sauf pour une très improbable nouvelle mutation sur ce gène.

On voit que dans tous les cas de figure la fréquence de l'allèle Re a changé. Et elle change à chaque génération. C'est ce que l'on appelle la dérive génétique. Parce que l'on effectue un tirage au hasard dans un effectif fini (c'est à dire limité), il y a toujours un écart entre la théorie et la réalité.

De plus, plus un allèle est rare, plus il se raréfie (s'il n'est pas favorisé par la sélection). Par conséquent, pour un gène donné, un des allèles va toujours finir par s'imposer, à la longue.
Dans l'exemple précèdent, le rex va le plus souvent tendre à disparaître (sauf dans le cas N°1, où il atteint la probabilité 1/2, ce qui lui laisse toutes ses chances). Ce n'est pas non plus une obligation : le hasard joue à chaque génération et peut donc inverser la tendance (voire graphique ci-dessous).

La conséquence de cette dérive génétique, liée au hasard, c'est que progressivement la population devient de plus en plus homozygote, parce que chaque gène subit ce phénomène. Plus la population est limitée, plus la dérive génétique est rapide.

Goulot démographique et appauvrissement génétique :

Plus l'effectif est limité, plus le nombre de gènes disponibles va tendre à diminuer. De nombreux gènes disparaissent alors. Si par la suite la situation s'améliore et que la population devient très nombreuse, cela ne change guère le problème : les gènes sont hérités de nos ancêtres. Les mutations étant peu fréquentes, même si la population passe de 10 à 10 000 elle n'aura pas 1000 fois plus de gènes, elle n'aura que les gènes transmis par les 10 survivants d'origine.
C'est le cas de certaines espèces qui ont frôlé l'extinction, comme le Condor de Californie ou l'éléphant de mer en Amérique du Nord. Désormais les éléphants de mer sont presque tous génétiquement identiques, car leur population étant limitée la plupart des gènes d'origine ont disparu (à cause de la dérive génétique).

On le voit, si la dérive génétique semble indépendante de la consanguinité, en pratique elle y est généralement liée. Plus la population est limitée, plus deux individus de la génération N risquent d'être apparentés, parce qu'il n'y a pas un nombre illimité d'ancêtres possibles. De plus, tous les individus ne se reproduisent pas soit parce qu'ils ne vivent pas assez longtemps, soit parce qu'ils ne sont pas assez fertiles, ce qui diminue encore le nombre d'ancêtres possibles. Les gènes disparaissent donc à cause de la dérive génétique, mais aussi à cause de l'extinction d'une partie des branches généalogiques.

Sur le schéma de gauche (simplifié: évidemment il faut un couple pour avoir des descendants, pas un seul individu :-) ), on part d'une population de 7 individus non apparentés, pour arriver à une population de 41 individus. Mais si l'on suit l'évolution de la population on se rend compte qu'à un moment donné la population a frôlé l'extinction, avec un minimum de 3 individus. Pire, tous les gènes présents dans la population finale proviennent de seulement 2 individus, A et B. Donc les 41 individus ont hérité d'un patrimoine génétique très limité : 2 ancêtres seulement, parmi les 7 de départ. Le patrimoine génétique global a donc diminué de 70% environ. Et encore, si on considère que l'intégralité du patrimoine génétique de ces individus s'est transmise à la population finale, ce qui est à peu près impossible...

La sélection :
C'est justement la sélection qui provoque l'extinction de la plupart des branches d'une famille, dans la nature comme en élevage. La sélection naturelle tend à favoriser certains individus, certains génotypes. On parle alors de valeur sélective du génotype. Cette valeur comporte deux facteurs :

- la viabilité, qui est la probabilité de vivre suffisamment longtemps pour avoir une chance de se reproduire. Cette viabilité peut être liée à la prédation (les rats blancs vivent moins longtemps que les rats marron), au culling (tu es blanc, alors que je veux uniquement des marrons, hop, à la poubelle), à la santé (les rats épileptiques ont plus de mal à assurer leur survie que les rats sains, les rats immunodéficients sont plus souvent et plus gravement malades, les rats idiots s'empiffrent de mort-aux-rats...), etc. La viabilité, c'est la durée de vie de l'individu lui-même.

- la fécondité, qui est le nombre moyen de descendants par individu (le male le plus séduisant et le plus fort peut avoir facilement 2 000 descendants, le scrophuleux à roulettes aura bien du mal à en avoir une douzaine sur un malentendu...). La fécondité, c'est donc la durée de vie des gènes de l'individu dans la population. Plus un rat a de descendants, plus ses gènes se transmettent, moins ils risquent de s'éteindre rapidement (cf. paragraphes précédents)

La sélection naturelle comme la sélection humaine vont jouer sur ces deux facteurs. Cependant, lorsque la première sélectionne les rats marrons, et la seconde les rats dumbos violets, toutes deux favorisent un certain nombre de génotypes au sein de la population. Tous les autres génotypes sont alors écartés, et disparaissent plus ou moins rapidement. Les gènes récessifs peuvent résister plusieurs générations, grâce aux porteurs hétérozygotes qui ne subissent donc pas les effets du gène mais peuvent le transmettre à leurs descendants.
La sélection vient donc diminuer à la fois la population dans son ensemble et la population reproductrice, c'est à dire le nombre d'ancêtres disponibles pour les générations suivantes. La sélection (naturelle ou humaine) augmente donc la consanguinité, dans une certaine mesure.
Cependant, on s'aperçoit que dans beaucoup de cas les génotypes hétérozygotes sont les plus compétitifs, aussi bien pour leur viabilité que pour leur fécondité. Ce dispositif permet de protéger les populations contre une consanguinité excessive (cf. chapitres suivants)

La mutation :
La mutation est une erreur de copie des gènes lors des divisions cellulaires. Des mutations se produisent en permanence dans l'organisme ; mais pour se perpétuer il faut qu'elles soient transmises par les gamètes, ce qui est une infime proportion des cellules de l'organisme. Surtout chez la femelle, qui ne dispose qu'un d'un nombre fini d'ovules et qui n'en produit plus après sa naissance, contrairement au male qui produit des spermatozoïdes toute sa vie (mais ils sont tous issus des cellules germinales).
Toutes les mutations n'ont pas le même effet. Certaines ajoutent un morceau de code génétique, d'autres en enlèvent, et enfin certaines le modifient simplement sans modifier la quantité.
De plus, un gène se compose de parties actives et de parties "muettes", inutiles ou à peu près inutiles. Certaines mutations n'ont donc aucun effet. Elles sont dites muettes, et passent totalement inaperçues tant qu'on ne pratique pas un séquençage génétique. Certaines ont un effet positif, et d'autres un effet négatif. 
Un gène, c'est la notice de fabrication d'une enzyme. Si la mutation améliore l'efficacité de l'enzyme entraînant un bénéfice pour le rat, la mutation est dite positive. Si au contraire elle diminue ou annule l'efficacité de l'enzyme, entraînant un handicap pour l'animal, même léger, elle est dite négative. Certaines modifications n'entraînent ni amélioration ni dégradation, elles sont donc neutres.

Différents types de mutation : erreur de copie, effacement, ajout, inversion... On pense qu'au moins une partie de l'ADN "inutile" est en fait formé des reliques de gènes rendus inefficaces par des mutations, sans mettre en péril la survie des individus mutants.

Enfin, certaines modifications entraînent la mort du rat. Ces modification sont dites létales. La plupart du temps, les mutations létales entraînent la mort de l'embryon dès les premiers stades, et passent donc inaperçues. Mais parfois elles ne s'expriment qu'à partir d'un certain age. C'est le cas par exemple du gène Zitter, qui entraîne une dégénérescence du système nerveux, aux alentours de l'age du sevrage.

Il y a donc deux facteurs : le taux de mutation (nombre de mutations apparaissant à chaque génération), et la viabilité induite par ces mutations. Si la mutation est favorable, la sélection va entraîner sa diffusion au sein de la population. Si elle est neutre, elle sera soumise à la dérive génétique, et survivra ou disparaîtra. Si elle est négative ou létale, elle sera éliminée par la sélection.

Attention, la mutation est la seule source naturelle d'allèles nouveaux. Les mutations peuvent être induites par la radioactivité ou par certains produits, mais la très grande majorité apparaît au hasard. Certains pensent que des pressions évolutives peuvent augmenter la fréquence des mutations, mais à l'heure actuelle on est à peu près certains qu'elles ne jouent aucun rôle dans la "qualité" de la mutation elle-même. 

La migration :
Chez le rat sauvage, et dans une certaine mesure chez le rat domestique, la migration est un phénomène très important. C'est ce que l'on appelle le "sang neuf". Il s'agit du transfert de gènes d'une population vers une autre.
Les exemples les plus frappants sont observés chez des populations totalement isolées, comme les reliques glaciaires. Ces animaux sont adaptés au froid. A la fin de l'ère glaciaire, ils se sont réfugiés dans les montagnes au lieu de migrer vers le nord. Mais plus le climat devenait chaud, plus elles sont devenues isolées les unes des autres. 
On parle alors d'insularité : les populations sont isolées par la mer, par le climat, par les barreaux d'une cage, etc. Il n'y a aucun échange entre elles, aucun transfert de gènes. Chaque population va donc évoluer de façon indépendante, sous l'influence des pressions évolutives citées précédemment. Dérive génétique et consanguinité vont produire des génotypes globalement très homozygotes, mais le plus souvent différents les uns des autres à cause du hasard, d'un environnement légèrement différent, ou de la sélection humaine.
Si on déplace un ou plusieurs individus du groupe A vers le groupe B, on introduit dans le groupe B de nouveaux gènes, quelques uns réellement nouveaux (apparus par mutation après la séparation des deux groupes), mais pour la plupart disparus des générations auparavant. Plus les populations sont génétiquement éloignées, plus l'effet est spectaculaire. On obtient alors des "hybrides" très fortement hétérozygotes pendant les quelques premières générations, puis de nouveau de plus en plus homozygotes à nouveau. Mais les phénomènes de dérive génétique ont été bousculés, et la sélection s'opère sur de nouveaux génotypes. L'ensemble de la population B peut donc être métamorphosée par l'ajout de quelques reproducteurs extérieurs à peine.

La migration aura d'autant plus d'effet que les populations sont éloignées, génétiquement et géographiquement, les deux étant plus ou moins liés par une insularité partielle ou complète (même chez l'homme, il y a plus de mariages au sein d'un même département qu'entre la France et la Papouasie...)
De même, plus les deux populations sont réduites, plus elles seront consanguines, mais plus la migration d'un seul génotype aura d'effet. Sur des grandes populations la migration a donc peu d'effet (tant qu'elle concerne peu d'individus), mais de toute façon grâce à sa taille elle est déjà relativement hétérozygote.

Enfin, on citera pour mémoire le génie génétique, qui permet d'introduire des gènes extérieurs non à une population mais à une espèce (c'est à dire la population ultime, dans un certain sens), par exemple un gène de haricot dans un saumon ou un gène de mouche dans un rat. Mais ces manipulations ne concernent pas le rat domestique et restent très rares, donc laissons les de coté...

La consanguinité dans la nature :

Le modèle théorique est la reproduction aléatoire au sein d'une population illimitée. Dans ce cas de figure, les homozygotes sont très rares. Mais en réalité dans la nature la reproduction est loin d'être aléatoire. De nombreux dispositifs viennent fausser le jeu. 
Il y a en premier lieu la sélection naturelle : les individus les moins bien adaptés n'atteignent pas l'age de reproduction, ne rencontrent pas de partenaire sexuel, ou sont supplantés par des concurrents mieux adaptés. Par conséquent les rats sauvages ne se reproduisent pas au hasard, et seule une petite proportion se reproduit.
Un autre problème est la taille de la population. Beaucoup d'espèces ont un habitat discontinu, morcelé : l'espèce se compose de nombreuses populations relativement (ou totalement) isolées les unes des autres. 

De plus, chez la plupart des animaux sociaux, dont le rat, la structure familiale est fortement favorisée. Chaque groupe se compose de dominants qui se reproduisent, de leurs rejetons, et d'individus de statuts divers, mais pour la plupart apparentés au reste du groupe. Il est très rare que des individus non apparentés soient admis dans le groupe, et encore plus qu'ils parviennent à s'y reproduire. C'est pourquoi les rats sauvages sont souvent beaucoup plus consanguins qu'on pourrait l'imaginer de prime abord.

Évidemment, lorsque la consanguinité commence à entraîner des problèmes de santé, la sélection naturelle vient faire son tri, et les rats étrangers à la tribu ou les métisses deviennent "plus compétitifs"...
Dès cet instant, la consanguinité des individus retombe à zéro, ou presque (rappel : lorsque deux très rats consanguins, mais non apparentés, se reproduisent, leurs rejetons de la première génération sont apparentés, mais pas consanguins : chaque rat a apporté des gènes différents. C'est pourquoi deux rats homozygotes produisent des génotypes hétérozygotes). Ce taux de consanguinité va ensuite à nouveau augmenter progressivement. Comme ces structures tribales familiales sont relativement petites (un seul à quelques centaines d'individus), la migration joue un rôle très important dans l'évolution de leur structure génétique.

La sélection humaine :

Si on se place dans le cadre du rat domestique, on diminue l'impact de la sélection naturelle. Plus de prédation, un climat stable, des ressources alimentaires illimitées, une reproduction contrôlée, des soins médicaux... Il ne reste guère que des facteurs internes (stérilité, gène létal, etc.). Dans ce cadre, l'homme remplace la sélection naturelle. Attention toutefois, comme nous l'avons vu la sélection naturelle est loin d'être le seul facteur important... Il ne faut surtout pas minimiser le rôle du hasard et de la dérive génétique, surtout dans le cadre des ratteries qui disposent généralement (seulement) de 2 à 30 rats fertiles à un instant donné.

Reproduction aléatoire
On dit qu'une population présente un régime de reproduction aléatoire lorsque les individus se reproduisent entre eux au hasard, sans tenir aucun compte du génotype. Par exemple, lorsque les rats noirs se reproduisent indifféremment avec les rats noirs ou avec les rats agoutis.
La consanguinité a pour conséquence l'augmentation du nombre de paires homozygotes dans le génotype de chaque génération successive. La fréquence de chaque gène récessif n'est pas modifiée sur l'ensemble des génotypes, mais ils s'expriment de plus en plus souvent au fur et à mesure que la consanguinité augmente, au lieu de rester "cachés", "portés". A terme on obtient donc une proportion stable de noirs (1/4).
Évidemment c'est un résultat théorique, puisque cette population reste soumise au hasard et à la mutation (cette dernière ayant une importance faible à cause de sa rareté relative).

Reproduction contrôlée
Lorsque l'homme intervient, il choisit les reproducteurs. La part du hasard diminue considérablement. Par exemple, les agoutis se reproduisent uniquement avec les agoutis et les noirs avec les noirs. Lorsqu'un gène se retrouve sous une forme homozygote dans une famille, il est dit fixé : en effet les descendants en hériteront forcément sous sa forme homozygote, aussi longtemps qu'il n'y aura pas de brassage ou de mutation sur ce gène. Par exemple, lorsque l'on reproduit uniquement des noirs, il ne peut plus apparaître d'agoutis dans la famille, le gène ayant complètement disparu de la lignée.

Il est bien évident que de cette façon les gènes récessifs que l'homme souhaite sélectionner vont se multiplier très rapidement : en ne reproduisant que des rats homozygotes ou porteurs, il élimine les rats non porteurs du gène en question. Cependant, en favorisant des animaux présentant un caractère commun, donc souvent  apparentés, l'homme augmente le taux de consanguinité.

Le choix des reproducteurs, donc la façon dont l'homme modifie la structure génétique de la population en diminuant la part de la reproduction aléatoire, c'est ça la sélection. Entendons-nous bien : la sélection ne crée rien. Par définition, elle sélectionne ce qui existe déjà, que ce soit visible ou caché. L'amélioration d'un caractère par la sélection a donc des limites, surtout quand il s'agit d'un gène simple. Et si l'on attend qu'apparaisse une mutation favorable, on risque d'attendre longtemps !

Par conséquent, il est vital de choisir attentivement ses reproducteurs. Surtout dans le cas d'une reproduction consanguine, l'erreur ne pardonne pas : la consanguinité va fixer de façon directe des gènes "positifs", ceux que l'on sélectionne, mais aussi des gènes négatifs, de façon indirecte, en augmentant la fréquence des homozygotes.

C'est pourquoi l'homme se substitue à la nature pour effectuer une sélection, sous diverses formes, la principale étant la sélection des reproducteurs. L'objectif est très simple : à partir de leurs caractéristiques et de celles de leurs ancêtres, les reproducteurs sont choisis de façon à fixer certains gènes "positifs" et éradiquer certains gènes "négatifs". Il s'agit donc d'une double sélection, positive et négative, la seconde éliminant les conséquences involontaires de la première.

N'oublions pas toutefois que la sélection ne s'opère généralement pas sur le génotype directement, mais sur le phénotype, car on considère généralement que le phénotype est en grande partie le reflet du génotype. Mais tout n'est pas génétique et inné chez le rat domestique. Au niveau comportemental, le rat apprend énormément, et ses tendances innées peuvent donc être inhibées ou éliminées par l'acquis : un rat nerveux peut devenir adorable s'il est bien éduqué, un rat paisible peut devenir peureux à la suite d'un traumatisme...
Au niveau de la santé, quelques rares gènes ont un effet direct (épilepsie, diabète, mégacolon, etc.). Mais la plupart ont un effet très indirect. Par exemple, un défaut dans la structure du gène commandant les sites actifs des récepteurs de certaines cellules immunitaires peut entraîner une certaine fragilité face aux maladies. Des protéines pas assez élastiques dans la paroi des artères peuvent entraîner des problèmes cardiaques. Etc. Mais le fait de mourir jeune d'une maladie ne signifie pas que l'on y était prédestiné. Une crise cardiaque peut être liée à un terrain défavorable, mais peut aussi être liée à une consommation abusive de mégots et de rillettes... ou à la simple malchance ! Et que dire de problèmes dont la cause reste non identifiée ? Une défaillance des reins ou du foie par exemple. problème alimentaire, hygiène de vie, bactérie, séquelles d'un épisode infectieux, ou génétique ?

Il importe donc de ne pas sauter trop vite aux conclusions. Et même en se basant sur les antécédents familiaux, la fiabilité du diagnostic "héréditaire ou non ?" reste limitée, à cause de l'effet du hasard que nous avons cité précédemment. Celui-ci ne joue pas seulement sur la répartition des gènes, mais sur tous les accidents de la vie, y compris les maladies, infectieuses ou non.

Les conséquences de la consanguinité

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Inbreeding :

"Inbreeding" signifie "reproduction interne". Ce système de reproduction signifie que les rats qui se reproduisent sont apparentés, plus ou moins directement. L'inbreeding a pour but d'augmenter la consanguinité des individus. Cela peut paraître étrange à première vue, la consanguinité étant généralement considérée comme l'ennemi public N°1. C'est un régime de reproduction fermé, équivalent domestique de la consanguinité et de l'homogamie évoquées plus haut.

Examinons un peu les conséquences de ce système de reproduction dans quelques cas de figure...
La consanguinité a pour conséquence l'augmentation du nombre de paires homozygotes dans le génotype de chaque génération successive, nous l'avons vu. Cela signifie que les gènes récessifs, qui restent généralement masqués dans une population idéale, ont beaucoup plus de chances de s'exprimer : 

Soit le gène albinos. Ce gène présente (entre autres) deux allèles : l'allèle sauvage dominant, C, sans effet. et l'allèle siamois, récessif, ch, qui produit des rats siamois sous sa forme homozygote. Les génotypes possibles sont :

C/C : rien C/ch : rien, porteur siamois ch/ch : siamois

Le rat A porte le gène siamois "ch". Il est hétérozygote C/ch. On dit qu'il est porteur siamois. La ratte B, elle, ne porte pas le siamois. Elle est homozygote C/C
On croise A et B, puis leurs enfants entre eux.
F1 : 1/2 porteur siamois (C/ch), 1/2 non porteur (C/C), c'est à dire comme dans F0,
F2 : 1/16 siamois (ch/ch), 6/16 porteur siamois (C/ch), 9/16 non porteur (C/C)

Ainsi de suite... On n'avait aucun rat siamois au départ, et on en a déjà un sur seize à la deuxième génération... Par contre la proportion de porteurs diminue progressivement (mais la quantité d'allèle ch reste constante : 8/32 soit 1/4, comme dans la génération F0)

Cet exemple est bien anodin, car il permet simplement de faire surgir des siamois là où il n'y en avait pas. 
Mais cela se produit pour tous les gènes récessifs que portent chacun des deux parents. Si l'un d'eux porte aussi un gène récessif de diabète, et l'autre un gène récessif d'épilepsie, c'est pareil, 1/8 des petits enfants seront diabétiques, 1/8 épileptiques (et donc 1/56 seront à la fois diabétiques et épileptiques). Plus grave encore, 50% seront porteurs du diabète, et 50% seront porteurs de l'épilepsie. Donc un quart des rats seront porteurs des deux à la fois !

C'est ce que l'on appelle la dépression consanguine. L'accumulation de gènes récessifs finit par affaiblir progressivement l'organisme et entraîne l'apparition de toutes sortes de défauts : diminution de la taille, baisse de fertilité, faible résistance aux maladies, malformations, problèmes neurologiques (comportement, perte d'acuité des sens, etc.)... 
Certains sont liés à un gène en particulier, d'autres à des ensembles de gènes. Pris indépendamment, chacun de ces gènes n'a pratiquement aucun effet. Ils ont même parfois un effet positif. Mais ils sont en interaction les uns avec les autres, et par "effet domino", la somme de ces petites modifications peut produire des désordres majeurs. C'est ce que l'on appelle des facteurs polygéniques. Ceux là sont très difficiles à éradiquer. En effet, il est déjà difficile d'éradiquer avec certitude un gène récessif simple. Donc en éradiquer plusieurs à la fois c'est très compliqué, il en reste toujours quelques uns, au moins masqués (le rat est alors porteur d'une partie de ces gènes).

Attention toutefois, grâce à la sélection on peut contrebalancer en partie cet effet de dépression. En effet, en éliminant au fur et à mesure des programmes de reproduction tous les individus présentant des tares potentiellement héréditaires, on ralentit considérablement cet effet, même en maintenant des lignées très consanguines. De plus, la consanguinité favorise la sélection de traits positifs, comme la docilité, la taille, la résistance à certains types de tumeurs, etc.

Ainsi, beaucoup de souches de laboratoire sont des souches fermées, c'est à dire consanguines. C'est par exemple le cas des Sprague-Dawley, un des principaux groupes de souches, dont tous les représentants découlent d'un seul et unique couple de rats originel (la souche Sprague-Dawley a été fermée en 1958, ce qui fait donc près de 50 ans de consanguinité). Et ce n'est pas la plus ancienne des souches consanguines...
Il est donc parfaitement possible d'obtenir des souches consanguines viables, sans défaut majeur. Mais attention, l'élevage des rats de laboratoire n'est pas franchement "sentimental". Les rats de laboratoire ne sont pas les chouchous à leur môman, ce sont des produits industriels, généralement brevetés. Ceux qui présentent un défaut sont éliminés. La création des souches de laboratoire passe par le sacrifice de centaines de milliers de rats. Des milliers de souches s'arrêtent dès les toutes premières générations, justement lorsque les premiers soucis commencent à apparaître...

L'exemple des souches de labo est malgré tout intéressant. Il existe deux types de souches de laboratoire :
  • les lignées consanguines : une lignée consanguine est issue d'accouplements frère-soeur sur au minimum 20 générations. Dans un premier temps la population devient très hétérogène, en fonction des allèles qui s'expriment ou non, puis elle devient de nouveau homogène lorsque la lignée devient pure, c'est à dire très homozygote . Les lignées consanguines sont donc très homogènes, car homozygotes sur presque tous leurs allèles. Par contre elles sont peu vigoureuses, peu fertiles, très sensibles à leur environnement, d'où un prix plus élevé
  • les lignées non consanguines : les reproducteurs sont désignés par tirage au sort. La population reste donc relativement homogène au cours du temps, non pas parce que les individus sont très homozygotes, mais parce que au contraire ils sont très hétérozygotes : aucune "famille" ne se sépare du lot, les gènes sont brassés en permanence. Cependant il s'agit de populations fermées à partir d'un point de départ. Leur effectif limité induit donc une certaine dérive génétique. La même lignée non consanguine va donc subir des évolutions différentes d'un élevage à l'autre, au fur et à mesure de l'augmentation de la consanguinité et de la dérive génétique.

Hétérosis :

On peut faire exactement le contraire de l'inbreeding. On appelle ça l'outbreeding (ouah, dur...). Et ça signifie évidemment "reproduction externe". Il s'agit de croiser deux rats qui ne sont pas apparentés. L'objectif est de diminuer la consanguinité, en utilisant l'effet d'hétérosis, ou vigueur hybride. L'outbreeding est donc un régime de reproduction ouvert, équivalent domestique de la migration évoquée plus haut.
On a vu que la consanguinité a tendance à augmenter l'homozygotie sur tous les locus ( à la longue). Une fois parvenu à cette homozygotie, on obtient une lignée pure, c'est à dire une population où un seul allèle est disponible pour chacun des gènes considérés.

Par exemple, une lignée pure d'albinos, c'est le type de lignée que l'on obtient en croisant deux albinos : chacun d'entre eux est génétiquement c/c, ils ne peuvent pas transmettre d'autres allèles pour le locus C : ni un allèle normal C, ni un allèle siamois ch ne peuvent apparaître, aussi longtemps qu'il n'y a pas de nouvelle mutation sur le locus C, qui viendrait en créer un nouveau.

En sélectionnant sur un gène particulier par le biais de la consanguinité, on purifie généralement le gène recherché (l'albinos, dans l'exemple), mais aussi tous les autres gènes, de façon involontaire et (dans une certaine mesure) incontrôlable. Cela entraîne généralement l'accumulation de tares plus ou moins graves. Pour les éliminer, on a recours à la sélection. Mais comme on l'a vu, une fois une qu'un gène est purifié par la dérive génétique ou par la consanguinité, on ne peut plus obtenir d'autre allèle que celui qui a "survécu".
Pour l'éliminer, on a alors recours à une deuxième lignée pure. Cette lignée présente elle aussi les caractères souhaités, mais les caractères indésirables ont subi une autre dérive génétique. Si on croise les deux, on garde la lignée pure sur les allèles que les deux lignées ont en commun, mais on brasse le reste du génome.

Admettons que l'on sélectionne une lignée pure A et une lignée pure B. Les deux lignées sont sélectionnées pour la docilité, l'albinisme, et le goût prononcé pour la tarte aux pommes. Malheureusement, au fil des générations, la lignée A a développé une petite taille, à cause d'une déficience héréditaire en hormone de croissance (gène récessif). 
La lignée B, elle, a une taille normale, mais elle est hémophile et est allergique à la cannelle (gènes récessifs).

Tant que la lignée A reste fermée, consanguine, impossible d'obtenir des rats de taille normale, car le gène "taille normale" n'existe plus dans son patrimoine génétique : tonton Nestor était le dernier à le trimballer, et il a sauté du 18è étage à l'age de 3 mois, emportant son gène avec lui... 
Tant que la lignée B est fermée, elle reste hémophile et allergique à la cannelle.

Si on croise la lignée A avec la lignée B, la première génération sera obligatoirement docile, albinos, et aimera la tarte aux pommes. En effet, où irait-elle chercher les gènes "hargneux", "pas albinos" et "agreuh, aime pas la tarte aux pommes, moi !" ? Ils n'existent ni dans la lignée A, ni dans la lignée B...
Par contre, ces "hybrides" hériteront de la lignée A les gènes dominants "pas hémophile" et "pas allergique à la cannelle". De la lignée B, ils héritent du gène "taille normale".

Cette première génération est donc albinos, docile, aime la tarte aux pommes, mais ne présente aucune des tares caractéristiques des lignées A et B.
En sélectionnant habilement les descendants, on obtiendra une lignée pure pour chacun de ces traits, sans les défauts qui allaient avec.

Évidemment, cette vigueur hybride est surtout manifeste à la génération F1. Si on les croise entre eux ensuite, certaines des tares vont de nouveau se manifester, puisqu'ils en sont tous porteurs. A la génération F2, on obtient donc 1,6% de malchanceux qui ont hérité de toutes les tares, 1,6% de chanceux qui ne portent plus aucune tare, et une majorité qui porte une ou plusieurs tares. En éliminant des programmes de reproduction tous les individus qui présentent une ou plusieurs tares sous leur forme homozygote, on va progressivement les éradiquer, même si ça prendra quelques générations.
Grâce à la sélection, à partir de deux lignées pures distinctes, présentant chacune des défauts impossibles à éliminer à cause de la consanguinité, on obtient à terme une nouvelle lignée pure qui ne présente plus ces défauts. Évidemment, plus on utilise de lignées pures distinctes, plus on élimine facilement les défauts.

Ca c'est la théorie. Malheureusement, elle se heurte à quelques problèmes...

- Il est généralement difficile de déterminer le degré de parenté avec certitude. En gros, on considère généralement que deux rats qui n'ont pas d'arrières grands-parents en commun ou apparentés (dans la limite des informations disponibles) peuvent être considérés comme non apparentés. Ce raisonnement est un peu faible, dans la mesure ou on peut avoir facilement une vingtaine de générations à partir d'un seul et unique couple de départ ( notamment en animalerie). Dans ce cas là, les deux rats sont en réalité très proches parents, même s'il n'y a aucun ancêtre en commun sur 10 générations... Mais bon, il faut bien une hypothèse de travail. Donc on choisit des rats d'origine diverses (pas les mêmes animaleries, pas les mêmes fournisseurs, etc.), et on espère qu'ils ne seront pas trop proches parents.
- Il suffit d'une seule génération pour annuler les effets négatifs (ou positifs) de l'inbreeding, mais ces effets réapparaissent ensuite et il faut les éliminer grâce à la sélection.
- La création d'une lignée pure implique que l'on possède de nombreux rats. Deux lignées pures, encore plus. On risque donc d'être rapidement submergé avant même d'être arriver à l'hybridation proprement dite...
- Sur le plan éthique, la création d'une lignée pure implique quand même un certain nombre de générations de rats tarés.
- Certains gènes sont liés entre eux, et peuvent être ou devenir indissociables. Dans ce cas l'hétérosis peut être impuissante à séparer les traits recherchés des tares à éliminer.

Ce qu'il faut retenir principalement, c'est que la consanguinité ça n'est pas héréditaire. Dès que l'on croise deux rats non apparentés, aussi consanguins soient-ils, leur progéniture ne sera absolument pas consanguine. Et ainsi de suite, aussi longtemps que l'on croise des rats qui ne sont pas apparentés entre eux. S'il présente de gros atouts, un rat très consanguin présentant des défauts uniquement liés à cette consanguinité peut donc être utilisé comme reproducteur sans le moindre souci, dans le cadre de l'outbreeding.
A l'inverse toutefois, il ne faut pas oublier que si ses petits ne présenteront pas de tares, ils en seront quand même porteurs. Il faudra donc veiller par la suite à ne pas reproduire des rats apparentés issus de cette lignée.

Pool génétique :

On l'a vu, la sélection ne peut pas créer de nouveaux gènes. Seule la mutation peut le faire. Par conséquent, on ne peut sélectionner que les gènes présents dans une population donnée. Le total de ces gènes disponibles constitue ce que l'on appelle un pool génétique. Au fur et à mesure de la purification des gènes, le pool génétique s'appauvrit. Les mutations l'enrichissent très lentement. L'outbreeding, au contraire, vient l'enrichir d'un seul coup.
La sélection va s'attacher à gérer ce pool génétique en choisissant les individus qui vont assurer sa transmission aux générations suivantes. Le pool génétique est donc en constante évolution, diminution ou enrichissement.

Éléments d'éthique : Quels bons choix ?

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On l'a vu, pas de "vraie" lignée sans consanguinité. On parle plutôt alors de population, ou de descendants lorsqu'on se réfère à une filiation linéaire directe.

Cependant, il est important de garder le contrôle sur cette consanguinité. Pour prendre l'exemple des Prim'Holstein, il a été démontré que 1% de consanguinité en plus entraînait une diminution de la production de lait et une baisse de la fécondité, alors même que ce sont deux des principaux objectifs de la sélection chez cette race. On peut ainsi estimer un "taux de consanguinité optimum" au sein d'une population, permettant d'assurer un équilibre entre la dégénérescence par inbreeding et la sélection efficace des caractères recherchés.

Être opposé à la consanguinité en soi ne démontre que les lacunes d'un éleveur. Il n'y a aucune raison d'être opposé à une consanguinité raisonée, surtout chez une espèce stable, dont la population peut être connue avec un minimum de précision. Cela est vrai chez le chien, le cheval et la plupart des animaux anciennement domestiqués par l'homme, car dans ce cas il est facile de se procurer des reproducteurs sains en se basant sur les pedigrees, au lieu de "bâtards" non identifiés.
Chez le rat on a une vaste majorité de "bâtards", issus de reproduction aléatoire : les rats d'animalerie, entre autres.

C'est pour cela qu'il n'y a pas de race chez le rat domestique : même dans les pays anglo-saxons, les lignées ne sont pas suffisamment pures et anciennes pour prétendre à un tel titre.

Par contre, il ne faut pas tomber dans l'excès inverse et minimiser les ravages de la consanguinité. 
Chez le rat, on considère généralement que, en partant de rats non apparentés (et on a vu qu'il est pratiquement impossible de le déterminer), la dépression consanguine commence à se manifester de façon significative au bout de 7 générations en moyenne. Cela ne signifie pas qu'aucun rat de la 3è génération consanguine ne présentera de problème lié à la consanguinité. Ce sont seulement des statistiques... En pratique, on s'aperçoit que les problèmes apparaissent souvent dès la première génération (cf. Paprika x Massalé)

Si l'on se lance dans la sélection par lignées pures, on choisit consciemment de reproduire des rats qui présenteront des défauts plus ou moins graves, du fait de la dépression de consanguinité. On choisit donc aussi de faire adopter (ou alors de tuer) des rats qui auront des défauts plus ou moins graves : rachitisme, stérilité, fragilité immunitaire, malformations, etc. Ce choix doit être fait en connaissance de cause, et être clairement exprimé. En effet, il existe bien d'autres alternatives à ce modèle de sélection qui est à la fois efficace et moralement très discutable.

On pourra objecter que ces défauts n'apparaîtront que si ils sont déjà présents à l'origine, puisque "la sélection ne crée rien". C'est vrai. Alors, la consanguinité, ça ne pose pas de problème si les rats de départ sont sains ? Au contraire, il faudrait reproduire uniquement en consanguin, jusqu'à ce qu'on tombe sur un couple sain ? Malheureusement, tous les individus portent des gènes récessifs qui auront un impact négatif à une échelle ou une autre. Tôt ou tard, ces gènes récessifs finiront par être révélés par la consanguinité, car leur addition causera des déficiences qui ne seraient pas apparues en temps normal.

La plupart des ratteries opteront donc plutôt pour des modèles intermédiaires, inspirés de la sélection massale, moins efficace certes, mais beaucoup plus "humaine". Car si l'éleveur a pour but d'améliorer les rats dans les générations futures, il ne doit pas oublier qu'il est responsable du bien-être des individus dont il a la charge. Choisir la souffrance d'un certain nombre de générations dans l'espoir d'un bénéfice hypothétique, c'est une politique douteuse. 
En tous cas, de notre coté nous nous refusons à le faire. Il peut nous arriver de faire appel à une consanguinité partielle dans certains cas, mais nous avons su tirer les leçons du passé. Espérons que vous saurez tirer les leçons de l'expérience des autres...

La consanguinité doit donc être maniée avec précaution, mais ne doit pas non plus être rejetée en bloc. A chacun de faire ses choix. On peut cependant émettre quelques suggestions : On considère souvent en France que l'on peut reproduire avec un risque raisonnablement faible deux rats dont le coefficient de parenté est inférieur à 1/16 (par exemple un seul des grands parents en commun, deux arrières grands parents en commun, une grand'mère et un arrière grand-père, etc.), à partir du moment où cela ne se reproduit pas plus d'une génération sur trois et si les familles ne présentent pas de défaut potentiellement héréditaire connu.

Ce modèle n'est toutefois pas le seul. Un des modèles courants dans l'élevage animal (tout type d'élevage confondu) est un système mixte, sur la base d'une consanguinité très élevée.

La méthode classique dans les élevages commerciaux consiste à élever les animaux en consanguin (c'est à dire frère avec soeur ou père avec fille) sur 5 à 10 générations, puis d'introduire un rat non apparenté, puis recommencer.
Dans de nombreuses ratteries anglo-saxonnes, on alterne 2 générations de consanguinité (frère-soeur ou père-fille), puis 3 générations d'élevage en lignée et enfin une portée non consanguine. Ou alors exclusivement de l'élevage en lignée.

 

Quelques définitions

 
Bâtard Issu de reproduction aléatoire, sans connaissance de ses ancêtres. Ce n'est pas un terme péjoratif, car les bâtards représentent un potentiel positif aussi bien que négatif. Mais ils représentent surtout une inconnue sur le plan de l'hérédité.
Chimère La plupart des mutations sont éliminées de l'organisme. D'autres entraînent l'apparition de tumeurs. Lorsqu'une mutation se produit dans un organisme et se maintient ou se répand, on se retrouve avec un seul organisme composé de plusieurs génotypes différents. On appelle cela une chimère. Par exemple, certains rats noirs et blancs se retrouvent avec une zone de poils beiges, parce que la peau à cet endroit a subi une mutation. C'est aussi le cas de quelques rats vairons (odd-eyes). Les chimères ne sont pas héréditaires car elles se produisent dans des tissus somatiques (c'est à dire non liés à la reproduction)
Débile,
taré
Qui présente un défaut, quel qu'il soit, mineur ou majeur. Ca ne signifie pas nécessairement idiot ou subclaquant... Selon ce que l'éleveur considère comme un tare, ça peut être une paralysie totale ou simplement un marquage loupé.
Dominant,
récessif,
"codominant"
Certains allèles s'expriment plus intensément que d'autres. On dit alors qu'ils sont dominants par rapport aux autres. Par exemple, l'allèle C (aucun effet) est dominant par rapport à l'allèle c (albinos). A l'inverse, c est plus faible que C. On dit que c est récessif par rapport à C. 
Mais ces relations pas nécessairement aussi simples. Un allèle peut en masquer un autre, mais la combinaison de deux allèles peut aussi parfois produire un résultat intermédiaire. C'est le cas du gène hooded chez le rat, par exemple, pour lequel. D'autres s'expriment pratiquement à égalité (ce que l'on appelle couramment la "codominance"), comme l'albinos et le siamois qui produisent l'himalayen.
Gamète Les gamètes sont des cellules sexuelles. Ce sont donc les gamètes qui assurent la transmission du patrimoine génétique à la génération suivante. Alors que le reste de l'individu est diploïde (les chromosomes vont par paires), les gamètes sont haploïdes (un seul chromosome pour chaque paire). La fécondation est l'addition des chromosomes des deux gamètes. L'œuf ainsi obtenu est à nouveau diploïde, et la moitié de ses gènes provenant de chacun de ses parents.
Gène, 
locus, 
allèle
Un gène c'est un "article" de l'information génétique. Un gène contient toute l'information nécessaire à la fabrication d'une enzyme, par exemple l'amylase salivaire. Ce gène peut être morcelé, réparti à plusieurs endroits sur un même chromosome, voire sur des chromosomes différents. Ces endroits portent le nom de locus. Un locus peut avoir des "valeurs" différentes. Ces valeurs sont appelées les allèles.

Chez les mammifères, les chromosomes vont par deux. Chaque chromosome présente la même structure, les mêmes locus, que son double. Par contre, les allèles ne sont pas nécessairement identiques. En effet, un des chromosomes vient du père, l'autre de la mère. Donc tous les gènes sont en double. Comme ils ne sont pas forcément identiques, on parle de chromosomes homologues et de gènes homologues

Génome,
génotype,
phénotype
Le génome, c'est l'ensemble de l'information génétique de l'individu, l'ensemble de tous ses gènes. 
Cet ensemble définit le génotype de l'individu, sa carte d'identité génétique.
Lorsque l'individu grandit, ce génotype s'exprime. Il s'y ajoute des influences externes : accidents, malnutrition, stress, etc. Tous ces facteurs produisent le phénotype, c'est à dire ce qui est visible, le résultat final.
Hérédité Tout ce que les parents transmettent à leur descendance. Il s'agit des facteurs génétiques, bien sûr, mais aussi de l'éducation (par exemple la mère peut transmettre sa peur de l'homme aux petits sans qu'il y ait la moindre composante génétique)
Hétérozygote,
homozygote
Les gènes d'une même paire de chromosomes sont dits homologues, mais peuvent avoir des valeurs différentes. Si les allèles sont différents, alors on dit que le rat est hétérozygote pour ce gène. Si les allèles sont identiques, on dit qu'il est homozygote.
Par exemple, c/c est homozygote albinos. C/c est hétérozygote (normal porteur albinos). c/ch est hétérozygote (albinos et siamois, c'est à dire himalayen)
Elevage en lignée (linebreeding) Lorsque l'on cherche à créer une lignée, on prend un couple ou un individu de départ, que l'on considère comme idéal. Le but est de renforcer les caractéristiques de ce couple, éventuellement en en ajoutant d'autres. Pour cela on peut utiliser plusieurs méthodes. La première est de reproduire la père avec sa fille. La seconde, de reproduire un rat de la génération F2 avec sa cousine, de la génération F2. Dans tous les cas on favorise une augmentation de la consanguinité relative au couple ou à l'individu fondateur. Si l'on introduit des rats non apparentés, c'est uniquement pour inclure un ou plusieurs caractères dans la lignée, et dès la génération suivante on renforce à nouveau la part du génome du fondateur dans la lignée.
Mutation Modification d'un gène, par le biais d'une erreur de transcription. Cette mutation crée alors un nouvel allèle, différent de l'allèle d'origine. Ce nouvel allèle peut être fonctionnel, ou au contraire être devenu inefficace.
Parthénogenèse Reproduction sans fécondation : les femelles peuvent produire des oeufs fertiles sans intervention d'un male. Attention, les descendants ne sont pas des clones, il y a quand même un certain brassage. Mais seuls les gènes d'un seul individu entrent en jeu, ceux de la mère.
La parthénogenèse est un mode de reproduction peu répandu. On la rencontre chez divers insectes, comme les pucerons ou les phasmes.
Population Ensemble d'individus, quelle qu'en soit l'échelle : population humaine, française, bretonne, quimpéroise, famille Cadiou, etc. Dans une ratterie, on a une population totale, une population de reproducteurs potentiels, une population de males, etc.

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